Prendre le temps de s’arrêter

Le bon Samaritain de la parabole (Lc 10, 25-37), est le seul qui s’arrête pour s’occuper du blessé affalé sur le bord de la route. Le prêtre et le lévite continent leur chemin, ils n’ont pas de temps et surtout ils ont une autre priorité : le service du Temple à Jérusalem.. Le samaritain, lui, prend le temps de soigner l’homme inconnu et de le confier à un aubergiste. Il le fait avec gratuité et humilité, sans laisser d’adresse. Il se fait simple serviteur. Il ne pose pas de question. Il voit et agit selon son cœur. Le message de Jésus est fort et clair. L’amour de Dieu passe par le service du prochain le plus proche.

Jésus, nous donne l’exemple. Il commence sa vie publique en arrêtant son travail. Il va passer 40 jours dans la solitude et le silence du désert pour affermir son choix et s’engager dans sa nouvelle mission, vivre en communion avec son Père et lui donner toute la place dans sa vie… Durant toute sa vie publique, il prendra le temps pour écouter, consoler, guérir les personnes qu’il trouve sur son chemin. Il nous montre par son attention aux autres l’importance de la compassion et de la miséricorde. Il prend le temps d’aller chez Zachée le publicain, Il prend le temps pour observer la veuve qui met son obole dans le tronc du Temple. Il s’arrête pour écouter la demande du Centurion et s’émerveiller de sa foi. Il fait preuve de patience devant les incompréhensions de ses disciples. Sa mission de révélation d’amour infini passe avant tout le reste. Il ne tient compte ni de sa volonté propre, ni de ses désirs d’efficacité. Tout est mis au service de la volonté de son Père. Il est totalement engagé dans l’amour de son Père et dans l’amour de chaque personne, sans condition. Cela ne laisse pas beaucoup de place pour des plans préétablis ni pour le respect de rites et de lois figés.

François d’Assise en suivant les traces de Jésus a été lui aussi marqué par sa disponibilité à répondre aux besoins et aux demandes imprévus de ceux quil trouvait aux hasard du chemin. Comme lui, il a découvert l’importance des temps de solitude et de silence dans des ermitages. Il va y expérimenter la bonté infinie du Père et l’accueillir en lui comme une semence féconde. Habité, par cette bonté créatrice, il va tout faire pour la laisser envahir tout son être, son regard, ses gestes, ses paroles, il va se laisser transformer de l’intérieur. C’est dans cet élan qu’il va s’arrêter sur son chemin et descendre de son cheval pour embrasser le lépreux et le soigner. C’est ainsi qu’il va découvrir la source de la douceur.

En prenant du temps pour Dieu, en se décentrant de soi-même, Il va progressivement se rendre disponible pour accueillir des frères que Dieu lui a donnés. Cette ouverture le conduira à chanter les louanges de Dieu avec et pour toutes les créatures. Il prenait le temps pour parler aux oiseaux, de faire la paix avec le loup. Du matin au soir il bénissait Dieu pour tout ce qu’il lui accordait de vivre.

Nous aussi nous devons aussi apprendre à nous arrêter. Bien souvent, nous traçons notre route sans rien voir, sans écouter, sans nous laisser toucher par les difficultés du monde et celles des personnes que nous croisons. Jésus nous invite à nous arrêter pour prendre conscience de ce que nous désirons afin de faire aux autres ce que nous aimerions qu’ils nous fassent.

S’arrêter, c’est prendre le temps de contempler la beauté intérieure de l’autre et la lui révéler. Chacun est malmené, cabossé par la vie, cela doit nous donner de la compassion pour accueillir et aimer l’autre comme il est et nous émerveiller de la vie plus forte que tout.

S’arrêter, c’est prendre le temps pour discerner ce qui est futile, important, essentiel. C’est prendre le temps de réfléchir pour suivre le chemin que nous propose Jésus. C’est abandonner la course effrénée de l’immédiateté, de la vitesse en tout.

S’arrêter, c’est prendre le temps du silence, de la gratuité, des visites, des découvertes, des rencontres imprévues. C’est trouver le temps pour prier Dieu et de le contempler dans ses créatures. C’est savoir s’émerveiller, rendre grâce, louer celui qui veut notre bonheur et qui nous donne mission de le répandre autour de nous.

S’arrêter, c’est savoir prendre du recul, de la distance, se désencombrer du futile, de l’éphémère pour construire pour l’éternité. C’est prendre le temps de s’occuper de sa vie, de l’orienter vers celui qui nous attend.

S’arrêter, c’est prendre au sérieux ce que nous dit la Genèse : Le septième jour Dieu se reposa. Le dimanche, jour du Seigneur, nous invite à nous arrêter pour nous tourner vers celui qui donne sens à tout ce que nous faisons durant la semaine. Avec François nous pouvons redire à notre Dieu qu’il est notre Tout. Le travail et les activités de chaque jour ne doivent nous faire oublier que nous sommes en chemin pour aller à sa rencontre.

Fr Jo Coz

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