Témoignage “Journée du Réfugié”

Samedi 20 juin 2015, journée du Réfugié, Témoignage

« Aimez l’immigré, car au pays d’Egypte, vous étiez des immigrés… »

moi, j’oserais dire d’abord :

Tout homme, toute femme, tout enfant est créé par Dieu, est une créature de Dieu, il porte une trace, une « étincelle » de Dieu en lui : du coup, il est beau,  je lui dois un respect profond, il est digne, il est sacré, il est aimé par Dieu. Il a du prix aux yeux du Seigneur, il est gravé sur la paume de ses mains, autant lui que moi, il compte pour Dieu, il devient mon frère. Dieu me convie au bonheur de l’aimer, de le rencontrer…

Là, s’engendre la fraternité universelle…

Le Christ a été le frère universel, mais il a connu lui-même la migration en Egypte, pour ne pas être massacré ! Marie et Joseph avaient confiance en Dieu, mais j’imagine qu’ils ont dû connaître aussi la terreur, se faire trop de soucis, ne pas dormir……

Sur notre terre qui pourrait être si belle, tant de massacres, d’enlèvements, de viols, de tortures, de menaces, de terreur, de mépris, de haine, de sadisme… Quel courage doivent vivre, témoigner beaucoup d’habitants de ces pays, pour dire leur foi, leur foi en Dieu, leur foi en la vie, que l’homme mérite le respect, et ils le payent de leur vie… Et combien doivent émigrer d’abord, pour sauver leur ‘’peau’’, leur vie ou leur famille ! Souvent, je pense que je ne leur arrive pas à la cheville : si vous saviez parfois les beaux témoignages que je peux entendre à L. H. (mon lieu de travail).  Je m’agenouillerais devant eux,  de respect…

On ne quitte jamais son pays par plaisir : il y a toujours une nécessité de survie… Ne croyez-vous pas que (je vais être un peu forte dans mon expression, mais c’est pour me faire comprendre) que si il y avait l’Etat Islamique au coin de la rue, (là, à C., ma ville), les mamans, les papas, les grands-parents que nous pouvons être,  ne prendraient pas leurs enfants sous le bras et se « tireraient », s’enfuiraient, pour ne pas être tués, pour les sauver… Certains quittent leur pays et leur famille en une demi-heure…

C’est ça la réalité…

Et moi, je vais les rabrouer, et leur dire : « Tu n’as pas ta place ici : comment pourrais-je le leur dire ?… »

C’est impossible…

Combien mériteraient d’être félicités, consolés, embrassés…, après toutes les humiliations subies…

J’ai toujours été émerveillée par la diversité des cultures, la beauté des peuples, des regards, des sourires, des couleurs, par l’imagination de Dieu !…

Tout ce qui se passe en ce moment, n’est-ce pas un appel de Dieu à vivre ensemble avec toutes nos richesses ? Dieu pourvoira et nous donnera l’imagination nécessaire… Il y  a toujours moyen de se débrouiller, quand il y a urgence, nécessité… Il y a toujours moyen d’être humain et de s’entendre …

Ce n’est jamais facile d’aller vers l’autre, surtout quand il est différent, mais quand on a fait le pas, quel bonheur !

La terre n’est pas  à nous, elle est à Dieu : elle ne m’appartient pas : si mon frère en a besoin pour pouvoir vivre, comment pourrais-je lui fermer la porte ?

La plupart des gens n’aiment pas être assistés : ils n’ont qu’une envie, c’est de participer. Toute relation est réciprocité, autrement, elle n’est pas heureuse !!

Alors, comment les aider à vivre ici, mais aussi comment leur permettre de pouvoir retrouver leur patrie, leur terroir, leur rêve profond souvent ? Comment faire pour que notre terre soit plus vivable ?

C’est ensemble que nous pouvons construire, et croire les uns dans les autres !

C’est complexe, mais ce n’est pas en ’’déniant’’, en fuyant les réalités que l’on s’en sortira, c’est « ensemble » !… (C’est là,  où il y a la vie : autrement, c’est trop triste…)

Tout ceci dit, ce qui se passe en France, à A. (préfecture où j’habite) , pour nous, au niveau de l’accueil des demandeurs d’asile, est plutôt triste, pour ne pas dire «lamentable » souvent ….

Soyons honnêtes : beaucoup est déjà fait (temps donné, travailleurs sociaux, salariés et bénévoles, financements) mais pour combien d’entre eux, femmes, hommes et enfants, et même des bébés : pas d’hébergement, pas de nourriture, pas d’intimité, pendant des semaines, des mois ; une demande d’asile qui n’en finit pas ;  nous voyons des personnes qui se dégradent…

Nous, les travailleurs sociaux et en équipe, cela nous fait beaucoup de peine, c’est une grosse souffrance aussi (comment peut-on, dans nos pays, en arriver là, à laisser des gens dehors la nuit ?…et dans la durée ?…) … Au boulot, nous n’avons presque rien comme pouvoir, comme possibilité de les aider…On essaie de les aider à garder le moral ! …

En même temps, je reste émerveillée de comment la vie arrive à se faufiler, à se vivre : les sourires, la confiance, chacun appelé par son prénom…

Personnellement, même si j’essaie au maximum de répondre aux besoins concrets des personnes, de donner à manger, par exemple, le plus que je peux (avec les dons),  j’aime surtout, dès que je le peux, les prendre un peu à part, dans un bureau, par exemple,  et leur demander : « Comment vas-tu ? »,   « Qu’est-ce que tu deviens ? »,   « Quels sont tes projets ? » Et je les sens heureux d’être entendus pour eux-mêmes, d’être un peu rejoints, là, au fond de leur cœur, là où ils vivent … Et c’est beau !! Dans le profond découragement qu’ils vivent souvent, leur rappeler que leur vie est précieuse et qu’elle a du prix, qu’ils peuvent quand même en faire quelque chose de très beau !!…

Je crois qu’ils apprécient !

L’accueil de jour où je travaille, pour ceux qui y viennent, on pourrait croire que c’est une grande salle d’attente, d’attente des papiers, de reconnaissance « officielle », d’une vie réalisable,  mais c’est déjà un beau lieu d’amitié, où chacun peut déjà être un peu lui-même !…

C’est tout simple et c’est beau !

Mais bon, il y a encore du boulot…

Priez aussi pour nous …(travailleurs sociaux, bénévoles, …)

Prions pour nos gouvernants, c’est pas facile non plus, les migrants, nous tous :

Il y a certainement plein de choses à (continuer d’) inventer, pour la joie de tous !

…  ‘’y a‘’ toujours moyen de ‘’se débrouiller ‘’,

                                                           … surtout avec la grâce de Dieu !…

 

Isabelle Lusardy

 

 

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