Carnet de voyage, en allant vers …

Le texte qui suit est composé de courts extraits du carnet de voyage de Bernard Pelletier qui est parti de chez lui, fin septembre 2013 pour faire à pied un grand tour de France d’Amplepuis jusqu’à Vézelay allant de sanctuaire en sanctuaire. C’est un texte riche et vivant qui, comme son auteur, circule de main en main au hasard des rencontres. Magnifique témoignage de vie colorant un chemin spirituel !

[…] J’ai bien marché aujourd’hui et, vers 18 h, un abri, sous forme d’une petite maisonnette de vignoble, au bord de la route, s’est présenté à moi. Occasion saisie sur le vif et me voilà tranquillement installé à une petite table, assis sur une chaise de paille, éclairé par une bougie, à compter ces propos… Sms et mms sont envoyés, pour le plaisir de partager quelque peu, aux personnes aimées, un peu de la beauté et du mystère de mon périple/voyage /pèlerinage marial… Qui m’aurait dit ? Je n’ai point eu, jusqu’à présent une piété particulière pour Marie et je m’aperçois que celle ci se développe et prend corps sans même que je ne le souhaite, le veuille ou l’anticipe. Je me laisse donc  »travailler »… Il est vrai que j’ai, une partie de la journée, le  »Je vous salue Marie », en tête et que je le fredonne ou le chante à voie haute. Je ne suis pas spécialement doué en chant mais trouve cela beau. […] Toujours est-il que je vis ce qui est peut être bien, jusqu’à présent, les plus beaux instants de ma vie.

Le prochain haut lieu, la Sainte Baume, est bien loin encore… Le chemin vécu au quotidien, rencontres, imprévus, me façonne et me dilate, je me sens très bien,  simplement en ayant les yeux brillants de l’amour de Dieu, de la joie de vivre, du désir d’aimer, du besoin d’une humanité réconciliée. Tout simplement être un témoin, vivant et en marche, de tant de grâce vécue.

 »Frère âne » se porte à merveille et ne rechigne point à l’effort… Le  »camping car » avale du chemin, le vaisseau trace son sillon. Frêle esquif aux voiles offertes au souffle de l’Esprit sur le beau chemin qu’est le Christ… Le vaisseau,  »La Franciscaine  » me précède et m’assiste en cas de besoin… Son cap’taine, François, est digne d’une confiance absolue… Une belle figure de proue, sculptée et façonnée dans le plus noble des matériaux qu’est le genre humain, représente Marie… La joie nous meut, la fraternité nous nourrit, la prière nous porte, l’évangile nous abreuve… N’ayons pas peur !!! Avançons sur les eaux profondes, tourmentées parfois, sans douter… Cela me rappelle quelque chose… Pas à vous ??? […]

[…] Temps maussade et bruineux toute la journée mais qui n’a pas nécessité que je revête cape de pluie et chapeau. Accueil sympathique à midi à l’OT d’un village où j’ai pu faire une bonne pause, puis mes pas m’auront conduit jusqu’à un autre village. L’hôtesse de l’OT m’a parlé de la présence d’une communauté de Frères … dans ses environs… Au village, j’ai demandé, en frappant à une porte, où se trouvait celle ci .  » Un peu plus haut dans la montagne ! » Cette brave dame qui m’a renseigné m’a même tamponné mon joli carnet et m’a proposé de téléphoner aux Frères pour les prévenir de ma venue… Proposition refusée, je verrais bien… Deux km plus haut, un joli petit lieu pour la communauté. Ils retapent la chapelle. Cela me fait penser à St François… Frère J. m’accueille avec un grand sourire, il paraissait heureux de me voir mais a dû appeler son  »supérieur », pour l’accord pour un hébergement. Pendant ce temps là, je joue à lancer le bâton au chien du lieu et prend une jolie photo de ce bien bel endroit. Pas de réseau téléphonique dans le coin (A quoi bon, vu le faible potentiel d’abonnements…). Frère D., la quarantaine, aux petites lunettes, me signifie qu’ils n’accueillent point les pèlerins. Je lui fait part de mon étonnement et le remercie de me permettre d’expérimenter un peu de la  »joie parfaite », selon François, qui consiste à ne point être affecté lorsque l’on est éconduit par ses frères. Ce fameux désarroi surmonté ! Il me propose l’accès à la chapelle.  »La nature est mon église ! » sera ma réponse… Je les quitte donc.  »Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ! » Je prie vraiment l’Esprit Saint de leur attendrir le cœur car là où n’est point la fraternité, l’hospitalité pour le pèlerin, le visage du Christ me semble bafoué… Je redescends donc frapper chez la même personne afin de lui compter ma mésaventure et aussi lui demander de me vendre quelques pâtes pour mon repas du soir. Cette fois ci, son mari est présent, il est adjoint à la mairie et décide de m’ouvrir les portes de la chapelle/église pour la nuit. N’est ce pas merveilleux ??? Merci braves gens. Merci bons samaritains. Je dormirai donc en ce beau lieu avec  »la présence » signifiée par une lumière rouge ainsi qu’une belle statue de ND de Lourdes. […]

[…] Marche, marche, tu verras ! » Disait Henri Vincenot…  »Si tu penses trop, marche ! Si tu ne penses pas assez, marche ! Si tu penses de travers, marche encore ! » Je marche… C’est le quotidien du pèlerin. Je marche et je rends grâce de vivre cette belle aventure…

Rien d’extraordinaire aujourd’hui. Pourtant, de brèves rencontres, des conseils sur mon itinéraire qui se dessine au prorata des avis des gens du coin. Je pense être bien perçu, sourires encouragements, mais… arrivé en ce petit village où je cherche, ne serait ce qu’un abri, les personnes avisées sont désolées de ne pouvoir me renseigner et me renvoient au curé de la paroisse qui loge au village de Rians où je suis passé avant d’arriver ici. Beau petit village au demeurant où j’ai eu le plaisir de visiter sa grosse église, lourdement ornementée par une foultitude de Saints, d’ex-voto, de remerciements, etc… Je suis passé devant le presbytère, personne, j’ai téléphoné et ai laissé un message au prêtre, pas de réponse à cette heure ci. Pas grave du tout. Le temps est au beau fixe. Je suis assis sur un banc, en haut du village, aux jeux de boules, à proximité des toilettes où mon portable est en charge. Vol d’électricité. Je n’irai pas jusque là. Débrouillardise plutôt. L’école est fermée, son portail aussi, simplement par une ficelle et par un nœud… Un beau préau ferait bien mon affaire… A voir, dans un instant. Pour le moment, c’est repos. J’ai assez marché pour aujourd’hui et 17 à 20 km de campagne/forêt m’attendent pour demain matin. Il n’est point question pour moi d’y pénétrer maintenant ! Il fait doux, avec un léger vent. Un peu de lecture, un repas et j’aviserai ensuite pour le couchage. Au pire, au mieux, à la belle étoile dans le coin ou sous le préau de l’école… En dernier ressort, les toilettes spacieuses et propres peuvent être une solution. […]

[…]  Montesquiou (17h).

Hé oui, toujours ici ! J’ai pommadé mon pied en la pharmacie même, après accord de la pharmacienne, bien entendu et, pommade fut achetée. Puis, je me suis rendu à la mairie où le pèlerin a été le bienvenu… La secrétaire, tout de suite, me fait savoir que des personnes du village accueillent les pèlerins. Celles ci étant absentes, une petite salle proprette est mise à ma dispo… Chaises, table, chauffage, électricité et, sur le palier, un lavabo et les toilettes. Heureux donc ! Agréablement surpris et reconnaissant envers la municipalité, envers ceux qui me soutiennent par leur prière, envers Marie qui me couvre de sa tendresse toute maternelle et envers Dieu qui, me semble-t-il, se plaît à me voir cheminer… Reconnaissance aussi envers, pourquoi pas, celui que j’ai été, bourlingueur, un peu routard, un peu vagabond, itinérant […]

 … Disons que je sais me débrouiller quelque peu… Quand nécessité advient, les ressources en moi surgissent et me font humblement aller vers l’autre pour lui demander ce qui me manque. Un abri, de l’eau, un bout de pain, des invendus de charcuterie, une assistance ou une aide particulière. Allons, mettons donc notre fierté et notre orgueil en nos poches et osons la rencontre, osons solliciter, demander… Cela permet à la personne à qui nous nous adressons d’exercer la sainte vertu de charité, d’humanité, de fraternité. Cela peut faire de nous un déclencheur de ce que l’autre a de meilleur en lui, dont il ne sait rien parfois, ou qu’il maintient enfoui sous un tas de bonnes raisons, croit-il… Je crois que l’homme est bon, très bon même et qu’il suffit parfois de peu de choses pour que cette bonté qui le dépasse, le submerge et lui fasse accomplir des actes dont il ne se savait pas capable. Non qu’il s’en pensait incapable mais que l’idée même, tout simplement, ne lui avait jamais effleuré l’esprit. Susciter chez l’autre ce qui l’habite en profondeur, le désir d’aider, le désir d’aimer. Aller chercher, chez lui, ce qu’il a de meilleur et qu’il tait, car en notre monde, la tendresse, la bienveillance, la bonté, sont souvent synonymes de faiblesse. Je me risque donc aussi à cela en ce chemin. Sans pour autant me jeter tout cru dans la gueule du loup, je considère que ceci est partie intégrante de mon chemin. Révéler à l’autre son humanité profonde. Et son humanité profonde ne peut qu’être bonne puisqu’en lui réside l’Esprit de Dieu. Puisqu’en tout homme, en toute femme, réside l’Esprit de Dieu. Nous lui faisons écran ou nous le laissons transparaître et alors, le monde est transfiguré à la mesure de l’Amour sans mesure qu’est Dieu. Nous sommes tous membres du corps du Christ, insérés en une histoire qui nous dépasse, une histoire d’éternité, une histoire d’effusion de l’amour. Une histoire qui dilate notre quotidien pas toujours folichon où nous sommes empêtrés dans des tas de soucis, des tas de projets, des tas de remords, des tas d’inquiétudes, des tas de je, je, je, des tas de moi, moi, moi… Moi tout puissant qui veut tout maîtriser, tout gérer, tout accomplir avec ses p’tits bras musclés ou avec son cerveau bien fait, jusqu’à ce que tout s’écroule et que l’on n’y comprenne plus rien. A chacun sa route, à chacun son chemin… Si l’on m’avait dit, étant plus jeune …  »Ecoute mes recommandations ! », plutôt que  »Obéis à mes commandements ! », peut être que j’aurais été plus attentif au message de l’église, porteuse de cette espérance d’être enfant de Dieu, aimé et sauvé… De quoi avoir peur alors, si nous nous lâchons un peu pour nous offrir, nous ouvrir à l’infini miséricorde de Dieu, à son amour sans conditions, à la joie d’être enfant dans les mains du Père, non pas pour être manipulés comme une marionnette mais être en ses mains qui nous englobent et nous protègent… Du mauvais… du tordu …

Que notre Amen soit donc consentement plénier à cet amour, confiance absolue à cette histoire. La mienne, la tienne, la nôtre. […]

[…] Donc Vézelay aura été un beau lieu pour arrêter cette aventure mais je ne cache pas que ces derniers instants, avec ces belles rencontres m’ont donné l’envie de continuer. Question de décision. Une fois celle ci prise, tout va beaucoup mieux ! Partir, s’arrêter… Question de décision. Raisonnable ou pas… Raisonnée ou pas… La raison est parfois l’ennemie du cœur.

Alors, soyons un peu fou. De cette douce folie de l’enfant qui croit, à tort ou à raison, que tout est possible. Et, si tout ne l’est pas, le champ des possibles est immense pour celui qui aime la vie, qui ose la vie…

Alors, ami, amie… Ecoute le murmure en ton cœur, ne soit pas sourd à ce, à ces désirs profonds qui crient en toi. Ils sont importants au delà même de ce que tu peux imaginer… Petite phrase…  »Vis comme tu penses, sinon tu risques de penser comme tu vis ! ». Qu’a-t-on de plus précieux que ce que l’on fait de sa vie ? Il ne s’agit point seulement de réussir dans la vie, mais beaucoup plus de réussir celle ci. Nuance. Et, cette nuance change tout ! Alors, si l’idée te vient de prendre, pour quelques temps, sac et bâton et de partir sur un chemin, n’écoute pas trop les uns et les autres. Beaucoup te décourageront, trouvant toutes sortes de prétextes, d’inconvénients pour te dissuader.

Le bon moment pour partir n’est pas histoire de saison. Il réside plus en une certaine disponibilité, et, il faut savoir se rendre disponible.

Le meilleur moment pour partir c’est… Quand tu te sens prêt pour cela !

Le chemin t’apportera au prorata de ce que tu y apporteras. Pense à laisser de la place aux imprévus, aux événements, aux rencontres. C’est à travers eux que l’Esprit fera son chemin. Jusqu’à ton cœur. Te révélant un peu du doux et délicieux mystère de la vie.

Dieu est Amour ! Tu es précieux(se) à ses yeux. Il prend soin de ses pèlerins, avec le cortège des Saints et des Saintes, qui brûlent de son Amour, qui brillent de sa lumière. AMEN !!!

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